Laisser respirer l'Arc à Roquefavour

Restauration du fleuve Arc sur le site de Roquefavour, Aix-en-Provence

Redonner vie à l’Arc tout en conciliant la vie du fleuve et les activités humaines, c’est le défi que Menelik s’est lancé sur le site de Roquefavour, à Aix-en-Provence. En partenariat avec la ville et avec le soutien de la Métropole Aix-Marseille-Provence, Menelik pilote cette restauration morphologique de l’Arc.

Roquefavour, site remarquable et stratégique pour l'Arc

Situé à cheval sur les communes d’Aix-en-Provence et Ventabren, Roquefavour est un lieu atypique où nous abordons le fleuve dans toute sa complexité. Ce paysage dit « naturel » est en réalité construit. Il n’a cessé d’être transformé par les interventions humaines et la nature elle-même.

L’eau est au cœur de son histoire. On pense évidemment à son célèbre aqueduc qui amène l’eau brute de la Durance jusqu’à Marseille, symbole du patrimoine hydraulique. Le fleuve Arc est aussi agricole et industriel, avec les systèmes de prélèvement et d’irrigation nécessaires à la production. L’eau y est également touristique et récréative avec diverses activités de loisirs (pêche, pique-nique, etc.) au bord de l’Arc.

Ce projet de restauration de l’Arc à Roquefavour a pour ambition d’intégrer tous ces aspects.

Agir pour une rivière en mouvement

Restaurer un cours d’eau, c’est lui permettre de retrouver un fonctionnement naturel.

C’est lui laisser de la place pour déborder, quand c’est nécessaire, et ainsi réduire le risque d’inondation. C’est permettre à la vie qu’il abrite — les sédiments, les poissons — de circuler librement. Roquefavour est aussi un lieu chargé d’histoire(s), d’ambiances et d’attachements, dans un cadre naturel riche. Un patrimoine à la fois culturel, architectural et paysager que Menelik a souhaité intégrer à sa réflexion.

Prévention des inondations, préservation de la rivière et de son milieu (faune et flore), valorisation du patrimoine et des usages… Menelik a imaginé un projet d’ensemble qui concilie les enjeux techniques et sociaux, en phase avec les besoins de l’Arc, de son territoire et de ceux qui le font vivre.

Un risque inondation réduit

Réouverture d'une zone d'expansion de crue

Nous redonnons à la rivière la possibilité de déborder sur des espaces non-urbanisés afin de ralentir ses écoulements en cas de crue. Le principe de la zone d’expansion de crue est fondé sur la nature et contribue à l’atténuation du risque inondation en aval.

Une libre-circulation du vivant

Transformation du barrage de Roquefavour

Le barrage de Roquefavour constitue un mur infranchissable pour les espèces aquatiques qui peuplent l’Arc et pour les sédiments. Pour restaurer une continuité écologique sur l’Arc, cet ouvrage aujourd’hui dégradé et sans fonction utilitaire doit être repensé.

Un projet de rive concerté

Animation d'un laboratoire participatif

Aucun scénario d’aménagement n’est décidé sur la rive gauche : le laboratoire participatif, c’est une assemblée de citoyens, d’experts du vivant, d’institutionnels, d’élus, de collectifs citoyens (CIQ, associations) et d’usagers qui va penser et rêver la rive gauche de demain !

Désaménager pour agir collectivement face au risque inondation

Une solidarité inondation à l'échelle du bassin

À Roquefavour, une digue en remblais de terre avait été construite en 1978 pour limiter le débordement de l’Arc et éviter l’inondation d’un champ cultivé. Aujourd’hui conscient des perturbations engendrées par ce type d’ouvrage le long des cours d’eau, Menelik déploie une politique de reconquête de ces espaces inondables.

Pour redonner à l’Arc la liberté de déborder sur ce secteur, cette digue sera partiellement retirée. Permettre aux cours d’eau en crue de déborder sur des espaces non urbanisés est une démarche qui contribue à ralentir l’écoulement des eaux à l’amont pour atténuer le risque inondation à l’aval. Autrement dit, en laissant de l’espace à la rivière à l’amont, on protège les territoires à l’aval. On parle alors de « solidarité de bassin ».

Sur fond de dérèglement climatique, assurer le ralentissement des crues sur la totalité du bassin versant de l’Arc est un « défi GEMAPI » majeur de Menelik.

Réouverture d'une zone d'expansion de crue

Pour que l’Arc puisse déborder librement et sans risque lorsqu’il est en crue, le projet prévoit de retirer une partie d’une longue digue (700 mètres) érigée en bordure d’un champ sur la rive droite. La partie amont de la digue est sauvegardée afin de préserver un mur en vieilles pierres et une ripisylve remarquable. En cas de crue, l’Arc peut déborder sur cette parcelle agricole réouverte qui retrouve sa fonction naturelle de « zone d’expansion de crue » (ZEC).

L’arasement partiel de la digue permet à la fois de restaurer l’espace nécessaire au cours d’eau pour assurer ses fonctions naturelles, d’ouvrir une perspective paysagère vers la rive droite et de restaurer une « trame verte » par des boutures et des plantations.

Février 2024

Les zones d’expansion de crue (ZEC) désignent les espaces situés le long des cours d’eau qui sont susceptibles d’être inondés lors de crues importantes. Lorsque la quantité d’eau dans un cours d’eau dépasse sa capacité normale, les eaux peuvent déborder de leur lit et s’étendre sur les terrains adjacents, formant ainsi des zones d’expansion de crue.

Les ZEC permettent donc de « stocker » naturellement une partie des écoulements en cas de crue et de les ralentir, protégeant ainsi des zones plus peuplées en aval. Ce principe de solidarité amont-aval à l’échelle d’un bassin versant est essentiel pour réduire les conséquences négatives des inondations. Réfléchir à l’échelle d’un bassin versant permet également de prendre en compte l’ensemble des facteurs hydrologiques, environnementaux et humains dans une stratégie de gestion des inondations.

Sur le bassin versant de l’Arc, un diagnostic commandé par Menelik a identifié 668 zones d’expansion de crue potentielles. Chaque zone a ensuite été caractérisée selon son intérêt hydraulique et selon le niveau d’intensité des usages anthropiques. Sur la base de ces deux indicateurs, une stratégie réglementaire et de gestion de ces zones est en cours d’élaboration afin d’assurer leur préservation, voire leur restauration comme c’est le cas à Roquefavour, dans l’objectif de mieux gérer les inondations.

Exemple de fonctionnement la zone d'expansion de crue de Roquefavour, après suppression partielle de la digue

Site en temps "normal"
Site en période de crue
©Agence francaise pour la biodiversité - Réalisation : Matthieu Nivesse

C'est quoi un bassin versant ?

Un bassin versant est un territoire qui correspond à l’ensemble de la surface recevant les eaux qui circulent naturellement vers un même cours d’eau ou vers une même nappe d’eau souterraine.

Un bassin versant se délimite par des lignes de partage des eaux entre les différents bassins. Ces lignes sont des frontières naturelles dessinées par le relief : elles correspondent aux lignes de crête. Les gouttes de pluie tombant d’un côté ou de l’autre de cette ligne de partage des eaux alimenteront deux bassins versants situés côtes à côtes.

À l’image des poupées gigognes, le bassin versant d’un fleuve est composé par l’assemblage des sous-bassins versants de ses affluents.

L’Espace de bon fonctionnement (EBF) est l’espace dont un cours d’eau a besoin pour assurer l’ensemble de ses fonctions naturelles : morphologique (en lien avec le transit sédimentaire [graviers, sable], la qualité des habitats aquatiques…), hydraulique (associée au bon écoulement des eaux, y compris lorsqu’elles débordent), hydrogéologique (connexion avec les nappes), biogéochimique (en lien avec la qualité des eaux) et biologique (support de biodiversité)… mais aussi paysagère (cadre de vie).

Cet espace est aujourd’hui fortement impacté par les activités humaines (remblais, présence d’infrastructures et de bâtiments à proximité des cours d’eau…). De manière générale, l’Arc et ses affluents sont contraints et ne peuvent pas rendre correctement et naturellement des services bénéfiques aux habitants (ralentissement des inondations, richesse de la biodiversité, qualité de l’eau adaptée à des activités récréatives en bord de cours d’eau…).

Le Schéma d’aménagement de gestion de l’eau (SAGE) de l’Arc, dont la révision actuelle est animée par Menelik, vise à protéger et restaurer les espaces de bon fonctionnement du cours d’eau en les cartographiant sous deux catégories :

  • Un espace dit « nécessaire », correspondant à l’espace minimal dont les cours d’eau ont besoin pour bien vivre. C’est en d’autres termes le « domicile principal naturel » du cours d’eau qu’on lui a souvent pris et qu’il est nécessaire de lui rendre. L’objectif est donc de ne pas aggraver la situation ou de préserver cet espace nécessaire de tout aménagement lorsque c’est encore possible, c’est-à-dire là où le cours d’eau n’a pas été trop contraint. Dans cet espace, les opportunités de restauration devront également être étudiées pour effacer les contraintes qui s’exercent sur le cours d’eau et lui redonner, autant que possible, la possibilité de s’exprimer.
  • Un espace dit « optimal », à l’extérieur de l’espace nécessaire, où la colocation entre activités humaines et cours d’eau peut être pleinement réussie.

Pour se reproduire, se nourrir, se reposer ou pour migrer, les espèces animales et végétales ont besoin de se déplacer. Cela permet également aux espèces d’adapter peu à peu leur répartition géographique au changement climatique en atteignant des lieux où les conditions de vie – température ou pluviométrie par exemple – sont plus favorables à leur développement.

Or, l’urbanisation, la construction d’infrastructures comme les routes, les voies ferrées ou les barrages ou encore l’agriculture intensive réduisent la surface des espaces naturels et les fragmentent, limitant ainsi les possibilités de déplacement des espèces.

Pour répondre à cette problématique, une politique de préservation de la biodiversité visant à maintenir et à remettre en bon état les continuités écologiques dans les territoires a été mise en place : la Trame verte et bleue (TVB). Elle vise ainsi à freiner l’érosion de la biodiversité résultant de l’artificialisation et de la fragmentation des espaces.

La partie « verte » correspond aux milieux naturels et semi-naturels terrestres et la composante « bleue » fait référence au réseau aquatique et humide (fleuves, rivières, zones humides, estuaires…). Mais la TVB englobe d’autres types de trames écologiques, comme la Trame noire qui s’est fortement déployée en France ces dernières années autour de la question de la fragmentation des habitats naturels par la lumière artificielle, ou d’autres sujets émergents comme la Trame brune pour les sols ou la Trame blanche en lien avec la pollution sonore.

Extrait du site de l’Office français de la biodiversité (OFB)

Le restaurant Arquier, situé au bord de la rivière Arc, à l’aval de la cascade et de la digue, en amont de l’Aqueduc et de ses plages improvisées, est depuis 1842, « un endroit à part » — hors du temps. Mais, c’est aussi une zone qui peut être inondée.

« Le restaurant Arquier inondé, je m’en souviens ! C’était dans les années 1970, il y avait de l’eau partout, on a été secourir les gens en barque ! »
Un élu du bassin versant de l’Arc, 2023

Sur le temps long et plus récemment, l’expérience de l’inondation de l’Arc et de ses affluents a marqué les « inondés » (1978, 1993). Les outils modernes de modélisation hydraulique nous permettent de nous préparer à des évènements pluvieux importants. À l’échelle des liens que la rivière implique entre l’amont et l’aval de notre bassin versant, Menelik tend à réduire l’aléa inondation en aval et participe dans le même temps à répondre à un enjeu de sécurité.

La parcelle agricole identifiée comme zone d’expansion de crue a été rachetée à son exploitant pour les besoins du projet par la Métropole Aix-Marseille-Provence, au titre de la politique GEMAPI que la collectivité mène sur son territoire. L’acquisition foncière de cette parcelle agricole illustre bien les liens de coopération entre les gestionnaires des milieux aquatiques, les institutions et le monde agricole sur le territoire aixois.

Par ailleurs, des pratiques culturales vertueuses agronomiques, hydrologiques et paysagères, sont déjà inscrites au sein du programme de Paiement pour services environnementaux (PSE) – piloté par Menelik sur le bassin de l’Arc et financé par l’Agence de l’eau Rhône Méditerranée Corse. L’ÉPAGE Menelik œuvre pour qu’elles puissent être encore plus ambitieuses ces prochaines années afin qu’elles s’inscrivent durablement dans le nouveau paysage en devenir de Roquefavour.

En amont de la rive droite, la terre déplacée pour construire la digue a recouvert en partie un mur historique s’inscrivant dans ce paysage.  Alors que le tronçon le plus proche du barrage est recouvert d’une végétation peu diversifiée, notamment avec des ronciers ne constituant pas une ripisylve de qualité, celui attenant à la « vieille pierre » est arboré de chênes remarquables.

La suppression (ou arasement dans le jardon des techniciens de rivière) partielle de la digue permet donc de concilier stratégie de réduction des inondations et conservation du patrimoine paysager et végétal existant.

Laisser circuler tout le vivant pour rétablir la continuité écologique

Il n'y a plus d'anguille sous roche !

Le barrage de Roquefavour est un obstacle à la circulation de l’anguille, espèce classée « en danger critique d’extinction ». Plus largement, il constitue un véritable mur en travers de la rivière qui empêche la circulation des organismes vivants et des sédiments.

Pour restaurer la continuité écologique sur l’Arc, ici contrariée, cet ouvrage aujourd’hui sans usage devrait en principe disparaître. Toutefois, notre enquête sociale a démontré que le barrage a d’autres visages : obstacle pour les uns, cascade ou encore vestige pour les autres… Faire circuler le vivant, c’est donc (re)créer du lien au travers de la continuité écologique, mais aussi intégrer les humains et leurs perceptions.

Chez Menelik, on interroge donc l’ouvrage hydraulique au travers de ces multiples dimensions, en intégrant tous les points de vue. C’est pourquoi ce projet de restauration s’appuie sur un processus de participation citoyenne.

Transformation du barrage de Roquefavour

Pour sauver l’anguille de l’extinction, et plus largement laisser les organismes vivants et sédiments circuler librement dans la rivière, le barrage de Roquefavour doit se réinventer.

Si le scénario d’une conservation partielle du barrage semble idéal pour concilier continuité écologique et conservation du patrimoine, aucune hypothèse n’est à ce jour écartée. Une équipe pluridisciplinaire (hydrauliciens, spécialistes de la biodiversité, architectes, paysagistes, sociologues) est chargée d’étudier et proposer les solutions qui seront soumises à la validation des services de l’État.

Été 2026
Cycle de migration de l'anguille européenne (association Migrateurs Rhône Méditerranée)

Ours polaire, panda, éléphant des savanes, tortue, luth… Si l’anguille européenne est bien moins médiatique que ces espèces, elle est en réalité plus menacée que ces dernières. L’anguilla anguilla est classée « en danger critique d’extinction » dans la liste rouge de l’Union internationale pour la conservation de la nature, la case suivante étant « éteinte dans la nature ».

Thalassothoques, les anguilles grandissent dans l’eau douce et se reproduisent en mer. En somme, elles font l’inverse des saumons qui remontent les rivières pour frayer. En revanche, elles effectuent une des plus grandes migrations chez les poissons.

Nées dans la mer des Sargasses […] dans l’Atlantique Nord, les larves se laissent dériver jusqu’en Méditerranée par le détroit de Gibraltar pendant six à huit mois. Alors devenues civelles, elles cherchent des zones de croissance en eau douce. C’est ainsi qu’elles arrivent dans l’étang de Berre. Elles remontent ensuite les cours d’eau, à la recherche du paradis aquatique et les redescendent pour retourner dans l’Atlantique Nord une fois leur maturité sexuelle atteinte. Un périple de 5000 km, rien que ça !

L’Arc, qui traverse d’est en ouest les Bouches-du-Rhône, a toutes les caractéristiques pour faire leur bonheur. Mais impossible pour ces poissons migrateurs de parcourir les 83 kilomètres jusqu’à Pourcieux dans le Var : les anguilles ne sautant pas, elles butent sur les ouvrages humains et l’Arc en est cafi*.

Extrait d’un article du journal Marsactu
*Menelik a depuis cet article effacé ou aménagé 6 barrages, en remontant l’Arc depuis son embouchure sur l’étang de Berre.

« Roquefavour, c’est la cascade ! J’y allais pêcher quand j’étais minot. On partait des Milles en vélo et on allait y pêcher, c’était l’aventure. On tombait à chaque fois sur une anguille et je ne vous raconte pas la panade pour s’en dépêtrer !».
Un élu du bassin de l’Arc, janvier 2023

Dans les années 1970, certaines espèces aquatiques comme l’anguille, étaient présentes massivement dans l’Arc et le souvenir de cette abondance reste gravé dans les mémoires. Seulement, dans un contexte de chute massive de la population d’anguilles européenne dans les années 80 dont les causes sont multiples, le fleuve Arc n’est malheureusement plus autant peuplé par l’anguille aujourd’hui qu’il l’était il y a 50 ans.

Aujourd’hui, cette espèce est classée “en danger critique d’extinction » au niveau mondial. Elle bénéficie d’un plan de gestion dans tous les pays de l’Union européenne visant à réduire toutes les causes de sa mortalité et sa difficulté à accomplir son cycle de vie. L’anguille se heurte notamment à des obstacles freinant ou rendant impossible sa migration au sein des cours d’eau. Le barrage de Roquefavour est ainsi un obstacle – parmi des milliers d’autres en Europe – à la la libre circulation de cette espèce.

Comment y remédier ? Dans la situation de déstabilisation actuelle de l’ouvrage sur lequel il n’existe plus d’usages, la suppression partielle de sa structure devient une solution d’intervention pour prendre soin d’espèces en train de disparaître et avoir pour objectif le retour d’une faune aquatique plus riche.

Ce barrage, est aussi un mur infranchissable pour d’autres entités en mouvement : les sédiments, ces particules solides arrachées et/ou transportées par le cours d’eau tels que la terre ou les cailloux.  En circulant librement, ils façonnent le paysage fluvial et conditionnement la qualité physique des habitats aquatiques au sein de l’Arc. Or, le barrage perturbe le transit des sédiments de l’amont vers l’aval. Les travaux de restauration morphologique de ce secteur vont permettre à la rivière de (re)trouver un équilibre morphologique et le retour d’habitats aquatiques naturels pour l’ensemble de la faune aquatique. Ce « gain écologique » est d’autant plus visé car en amont de l’ouvrage, le plan d’eau provoque une stagnation des écoulements, propice au réchauffement de la température de l’eau, à la baisse de l’oxygène de l’eau respiré par les poissons et à la prolifération d’algues.

Après la requalification du barrage, plusieurs transformations hydrauliques et paysagères auront lieu dont le plan d’eau et la cascade qui disparaitront, la hauteur d’eau sera abaissée, les ouvrages transformés. L’ouverture du paysage sera d’autant plus effective avec l’effacement partiel de la digue projeté en rive droite pour atténuer le risque inondation.

Depuis 2013, l’Arc est un fleuve côtier règlementé* pour permettre à un poisson migrateur, l’anguille, d’accomplir son cycle de vie. Un premier pas vers la continuité écologique.

8 seuils depuis l’embouchure de l’Arc jusqu’à Aix-en-Provence étaient concernés par cette règlementation. Avec le soutien de l’Agence de l’eau Rhône Méditerranée Corse, Menelik a déjà rendu franchissables 6 seuils de 2016 à 2019, soit par effacement, soit par la construction d’une rampe à anguille.

Le barrage de Roquefavour, au cœur de ce projet de restauration de l’Arc, est le 8e et dernier seuil concerné par ce classement spécifique. La règlementation impose l’aménagement ou l’effacement des obstacles (seuil, barrage, moulin, etc.). En l’absence d’usage, ce qui est le cas à Roquefavour, c’est l’effacement qui est demandé par les services instructeurs de l’État, car c’est la solution qui permet de redonner totalement ses fonctionnalités naturelles au cours d’eau. Toutefois, cet ouvrage présentant un intérêt patrimonial, un scénario de conservation partielle est à l’étude.

* Arrêtés du 19 juillet 2013 établissant la liste des cours d’eau mentionnée au 1° et au 2° du I de l’article L. 214-17 du code de l’environnement sur le bassin Rhône-Méditerranée

Une étude historique commandée par Menelik montre que le barrage se caractérise par des qualités architecturales particulières. Faute d’entretien, son état général s’est néanmoins progressivement dégradé suite au passage de différentes crues et à l’abandon de son usage de prélèvement en eau. Bien que la structure de l’ouvrage ait été confortée par un recouvrement en béton dans les années 90 par le SABA (devenu Menelik), des pierres de taille continuent de se décrocher, accentuant sa vulnérabilité.

Pourquoi, nous, gestionnaires de milieux aquatiques, parlons « d’obstacle » pour qualifier le barrage ? Un barrage peut constituer un véritable mur dans la rivière. Il implique une discontinuité pour la circulation des « entités » vivantes et des sédiments.

Un ouvrage est un aménagement ayant eu un sens et une utilité à une époque, ne détenant plus la même légitimité aujourd’hui.  Il est vu comme un élément qui détériore ou même empêche la bonne circulation, la reproduction, la croissance, l’alimentation ou encore l’abri des organismes vivants. Sa présence contrarie donc la « continuité écologique » qui a pour vocation d’améliorer le déplacement des organismes aquatiques (poissons, amphibiens et autre faune) et celui des sédiments.

Mais ce barrage a d’autres noms. Il peut-être qualifié de vestige par un architecte, de cascade ou encore de chute d’eau par un riverain. Chacun le voit et le décrit avec sa subjectivité, et tous ces points de vue sont valables et méritent d’être entendus. Une assemblée citoyenne a donc été constituée pour les intégrer au projet.

La phase d’état des lieux de l’ouvrage s’est déroulé l’hiver 2023/2024 avec la réalisation d’investigations géophysiques par Geopat pour appréhender la structure de l’ouvrage et les formations géologiques en place.

Ces mesures ont notamment nécessité l’usage d’instruments de mesure montés sur une embarcation nautique. Geopat utilise deux types de mesures non destructives pour respecter l’intégrer du lieu et de l’ouvrage :

  • Géoradar : le géoradar produit des ondes électromagnétiques. Associé à des antennes réceptrices embarquées sur le bateau et calées sur différentes fréquences, il permet de mettre en évidence des hétérogénéités, voir des anomalies, dans les structures géologiques ou les ouvrages de maçonnerie.
  • Sismique réflexion : il s’agit de créer un impact sismique à la surface de l’eau et d’étudier sa vitesse de propagation dans l’eau puis dans le sol sous-jacent grâce à des récepteurs embarqués sur le bateau. Les résultats renseignent la compacité du sol et permet de distinguer entre autre les sols rocheux des sols meubles.

Ces deux types de mesures sont associées à un ordinateur pour une interprétation numérique et un GPS pour une localisation précise des mesures.

Toute l’opération de déroule sans impact sur l’ouvrage ou les milieux naturels. L’étude permettra d’envisager les meilleurs solutions pour transformer ce barrage et rétablir la libre-circulation des êtres vivants et des sédiments.

Un laboratoire participatif pour un projet de rive concerté et durable

Revaloriser ensemble la rive gauche

Fruit des mémoires locales et souvenirs familiaux, la rive gauche de l’Arc qui donne accès à la « cascade », est un lieu d’attachements et d’affectivités : on y passe lors d’une randonnée, on pique-nique sur les berges, on s’y repose pour trouver de la fraicheur, on vient écouter le bruit de la chute d’eau…

Pour donner plus de sens au projet de restauration, nous avons besoin de comprendre l’ensemble des fils que chaque acteur tisse sur ce lieu. C’est pourquoi une assemblée participative appelée « laboratoire vivant », coconstruite avec la ville d’Aix-en-Provence et représentative de tous les enjeux du secteur, permettra de se projeter dans l’avenir de ce lieu à part.

Aucun scénario d’aménagement de la rive gauche n’est décidé en avance : c’est cette assemblée de citoyens, d’experts, d’institutionnels, d’élus, d’usagers… qui va nous faire rêver le Roquefavour de demain !

Animation d'un laboratoire participatif

Nous avons imaginé un laboratoire participatif qui met l’humain au centre du projet et fait travailler ensemble des acteurs divers (élus, riverains, experts du vivant, associations, institutionnels, CIQ, collectivités, services de l’Etat, usagers…) afin d’imaginer à quoi ressemblera la rive gauche et ce qu’on y fera demain.

Grâce aux résultats d’une enquête sociale et paysagère, et de deux ateliers de concertation, les avis, postures et propositions de chacun seront intégrés à l’expertise technique pour donner aux décisionnaires des grands principes d’aménagement qui seront ensuite étudiés en termes de faisabilité et de coût.

Automne 2023

« Dans les années 1960 – début 70, on allait en voiture jusque Roquefavour, tous les dimanches avec mes parents quand j’étais minot pour y pique-niquer. En partant de Berre, cela me paraissait très long pour y arriver, un grand voyage ! C’était la campagne, on y était tranquille »
Un élu du bassin de l’Arc, avril 2023

La réalité y est moins chatoyante que dans les souvenirs de l’enfance ou le romantisme des lieux au 19e siècle ! Principalement visité au printemps et durant la période estivale, de nombreuses dérives sont visibles : le piétinement, le stationnement désorganisé le long des berges ou le long de la route ou encore la prolifération de déchets. Le projet de restauration a donc pour objectif de revaloriser la rive gauche de manière durable.

Pour accompagner les transformations socio-paysagères de ce projet autour de l’Arc, nous construisons avec le cabinet Autrement Dit et l’Atelier Mira, spécialisés dans la concertation et les paysages, un laboratoire participatif qui met l’usager au centre du secteur de Roquefavour et fait travailler ensemble des acteurs divers. Le but est d’intégrer à notre projet toutes les subjectivités (opinions, représentations, connaissances) afin de faire de ce secteur un objet consensuel et emblématique d’une pratique innovante de restauration d’un cours d’eau.

Atelier 1 : exploration socio-hydraulique et éco-paysagère du secteur dans sa globalité

Ce travail sur le paysage de Roquefavour dans sa réalité sociale prévoit la construction de supports inscrivant des points d’arrêt qui ont du sens pour tous les acteurs mobilisés.

Des itinéraires seront suivis pour permettre de faire croiser les connaissances du secteur dans lesquelles, s’expriment dans le même temps, les mémoires familiales, les données scientifiques, les histoires vécues, les calendriers, les affectivités, les procédures réglementaires et les attachements.

Les résultats de l’atelier 1 sont inscrits dans une carte dite « sensible » du secteur qui permet de mieux appréhender les enjeux qualitatifs d’aménagement.

Atelier 2 : cartographie collaborative des principes d’aménagements et intentions d’usages de la rive gauche

Dans ce second atelier, les participants inscrivent de manière collaborative sur les parcelles de la rive gauche leurs envies, leurs principes d’aménagements et leurs intentions socio-paysagères.

Tout en intégrant les contraintes du projet et des transformations paysagères induites illustrées par les paysagistes, les acteurs feront des choix, proposeront des idées, apporteront des outils pour rêver ensemble la rive gauche de demain dans un site transformé.

À l’issu des ateliers, une synthèse du dispositif participatif intègrera l’ensemble des enjeux qualitatifs et participatifs. Le rapport ainsi produit viendra nourrir le projet, en donnant aux décisionnaires les grands souhaits d’aménagement des participants qui seront ensuite étudiés en termes de faisabilité et de coût pour les porteurs du projet.

Un projet de restauration de l'Arc partenarial et participatif

Menelik ne travaille pas seul : pour réussir ce projet de restauration, nous travaillons en lien étroit avec la ville d’Aix-en-Provence, nous collaborons avec les services de l’État sur les volets écologiques, hydrauliques, patrimoniaux et paysagers, et avec nos partenaires métropolitains sur notamment l’acquisition foncière de certains espaces privés.

Menelik souhaite dés-aménager le cours d’eau, c’est-à-dire retirer en partie des ouvrages qui contraignent la rivière, tout en rassemblant et redonnant vie à son milieu. Plus que de penser un simple retour à un fonctionnement « naturel » de la rivière, il s’agit de créer à Roquefavour une nouvelle alliance entre toutes les entités — les humains, les poissons, les sédiments, la végétation, les ouvrages — qui composent ce lieu.

Les transformations hydrauliques et paysagères vont avoir des conséquences sur le sens et les usages actuels de ce lieu. C’est pourquoi, la rive gauche fait l’objet d’une concertation dans laquelle des groupes de travail composés de la société civile (riverains, associations, CIQ, randonneurs, pêcheurs…), de gestionnaires et de décideurs travaillent à la revalorisation de cet espace qui mérite une attention si particulière.

Ils sont partie prenante de ce projet : Agence de l'eau Rhône Méditerranée Corse, DREAL, DDTM, ABF, Métropole Aix-Marseille-Provence, ville d'Aix-en-Provence, élus, citoyens et usagers du site.

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